La réponse courte : en vidéo, la vitesse d'obturation se règle à deux fois la cadence. 25 images par seconde, donc 1/50 s. 50 images par seconde, donc 1/100 s. C'est la règle des 180 degrés, héritée des caméras argentiques dont le disque obturateur exposait la pellicule pendant exactement la moitié de la durée d'une image, et elle donne au mouvement le flou auquel l'œil est habitué. Une vitesse trop courte rend l'image saccadée, une vitesse trop longue la rend pâteuse. Dehors, cette vitesse laisse entrer beaucoup trop de lumière : un filtre ND vidéo est le seul moyen de la respecter sans fermer le diaphragme à f/22. En plein soleil, à 100 ISO, il faut retirer cinq à six diaphragmes de lumière, soit un ND32 ou un ND64. La progression des filtres fixes est régulière : chaque cran double la densité et retire un diaphragme de plus.
Voici d'où vient cette règle, le tableau qui dit quel ND prendre selon la météo, et les trois pièges du ND variable.
D'où vient la règle des 180 degrés ?
Le nom vient des caméras argentiques. Devant la pellicule tournait un disque muni d'une ouverture. Quand cette ouverture faisait un demi-tour de disque, soit 180 degrés, la pellicule était exposée pendant exactement la moitié du temps d'une image. À 24 images par seconde, cela donnait 1/48 s.
Les capteurs n'ont plus de disque, mais l'œil, lui, n'a pas changé. Un temps de pose égal à la moitié de la durée d'une image produit un flou de bougé léger sur les objets qui se déplacent, et c'est ce flou qui rend un mouvement fluide. Trop court, l'image devient saccadée et donne cet effet de scène de bataille filmée au ralenti. Trop long, tout devient pâteux.
| Cadence | Vitesse à viser | Réglage courant | Usage |
|---|---|---|---|
| 24 im/s | 1/48 s | 1/50 s | Rendu cinéma |
| 25 im/s | 1/50 s | 1/50 s | Standard européen |
| 30 im/s | 1/60 s | 1/60 s | Réseaux sociaux, direct |
| 50 im/s | 1/100 s | 1/100 s | Sport, ralenti léger |
| 60 im/s | 1/120 s | 1/125 s | Ralenti à 2 fois |
| 120 im/s | 1/240 s | 1/250 s | Ralenti à 5 fois |
Pourquoi un filtre ND vidéo devient-il obligatoire dehors ?
Faites le calcul une fois, il ne changera plus. En plein soleil, à 100 ISO, une exposition correcte demande environ f/16 au 1/100 s. Passez au 1/50 s pour respecter la règle des 180 degrés et vous laissez entrer deux fois plus de lumière : il faut fermer à f/22.
Or f/22 pose deux problèmes. La profondeur de champ devient énorme, donc l'arrière-plan reste net et l'image perd toute séparation. Et la diffraction, ce phénomène optique qui apparaît aux petites ouvertures, ramollit visiblement le piqué. Si vous vouliez filmer à f/4, il faut retirer cinq diaphragmes de lumière ; à f/2,8, six. Un diaphragme, souvent appelé stop, correspond à un facteur deux sur la quantité de lumière.
C'est exactement le travail d'un filtre à densité neutre. Il assombrit sans teinter, comme des lunettes de soleil grises posées devant l'objectif.
| Filtre | Diaphragmes retirés | Lumière restante | Situation type à 1/50 s et 100 ISO |
|---|---|---|---|
| ND2 | 1 | 50 % | Fin de journée, sous les arbres |
| ND4 | 2 | 25 % | Ciel gris épais |
| ND8 | 3 | 12,5 % | Ciel couvert, ouvrir à f/2,8 |
| ND16 | 4 | 6,25 % | Ciel voilé, ouvrir à f/2,8 |
| ND32 | 5 | 3,1 % | Plein soleil, ouvrir à f/4 |
| ND64 | 6 | 1,6 % | Plein soleil, ouvrir à f/2,8 |
| ND1000 | 10 | 0,1 % | Pose longue, eau et nuages filés |
La logique est régulière : chaque cran double la densité et retire un diaphragme. Un kit qui couvre ND8 à ND64, comme le kit Standard Day de Freewell pour caméra d'action, traverse donc toute la journée sans trou.
Le disque, l'angle et la vitesse
Le schéma ci-dessous montre pourquoi l'angle d'obturation et la vitesse disent la même chose. Certaines caméras proposent les deux affichages : régler 180 degrés revient à laisser la caméra calculer la vitesse elle-même, ce qui évite l'oubli quand on change de cadence.
Vitesses données pour 25 images par seconde. La zone pleine est le temps d'exposition.
ND fixe ou ND variable : lequel choisir ?
Un ND fixe est une seule densité. Un ND variable superpose deux polariseurs : en tournant la bague, on fait varier la densité en continu. Le confort est réel, la contrepartie aussi.
- Le ND fixe donne la meilleure neutralité de couleur et le meilleur piqué. Son défaut est logistique : il faut le dévisser et en visser un autre dès que la lumière change.
- Le ND variable suit un nuage qui passe sans arrêter le tournage. C'est décisif en reportage, en interview en extérieur, et dès qu'on filme seul.
- Le système magnétique réconcilie les deux. Une bague reste vissée sur l'objectif, les filtres se claquent dessus. Le kit Freewell M2 en 77 mm réunit cinq filtres à changement rapide, et le système FW-82-MAGVND en 82 mm ajoute la densité variable au même principe.
Deux détails décident souvent de l'achat. Le premier est le diamètre : achetez au plus grand diamètre de votre parc d'objectifs et complétez avec des bagues d'adaptation, sinon vous rachetez tout à chaque nouvel objectif. Le second est la butée : les bons ND variables ont des crans mécaniques en début et fin de course, ce qui interdit de dépasser la plage utile. Le kit Real Locking VND/CPL pousse la logique jusqu'à verrouiller le filtre, avec des bagues de base en 67 mm à choisir selon l'objectif.
Les trois pièges du ND variable
- La croix noire. Au-delà d'une certaine densité, deux bandes sombres en X apparaissent dans l'image, surtout au grand-angle. C'est la signature d'un ND variable poussé hors de sa plage. Restez dans les crans, et prenez un modèle à butée.
- La dérive de couleur. Les polariseurs teintent légèrement, souvent vers le magenta, et la teinte change avec la densité. Sur un plan de coupe on ne voit rien ; sur un montage, deux plans successifs ne raccordent plus.
- L'effet polarisant involontaire. Un ND variable reste un polariseur : il assombrit un coin de ciel et fait disparaître les reflets d'une vitre selon l'orientation. En panoramique, la luminosité du ciel change pendant le mouvement.
Ces trois défauts se contournent en restant dans la plage annoncée. Un modèle donné pour 1 à 5 diaphragmes, comme le Freewell Sherpa pour iPhone, ne cherche pas à couvrir dix crans, et c'est précisément pour cela qu'il reste propre.
Quatre situations, quatre choix
Vous filmez au smartphone. Un filtre à pince suffit pour commencer : l'APEXEL APL-67VND400 en 67 mm se pose sur n'importe quel téléphone et donne accès à la densité variable sans coque dédiée.
Vous filmez en caméra d'action. Ces caméras n'ont pas de diaphragme réglable : sans ND, elles montent la vitesse d'obturation et l'image devient saccadée. Un kit Telesin CPL, ND8, ND16 et ND32 couvre la journée courante.
Vous voulez de la pose longue. Il faut du très dense : un ND1000 retire dix diaphragmes et transforme une cascade en voile ou une file de voitures en traînée lumineuse.
Vous cherchez un rendu adouci. Ce n'est plus un ND mais un filtre de diffusion. Le Black Glow Mist 1/8 arrondit les hautes lumières et adoucit les peaux. Il se cumule avec un ND, jamais il ne le remplace.
Yumi, de son côté, considère tout filtre rond comme un jouet potentiel. Les étuis se ferment.
Les questions qu'on me pose
Quelle vitesse d'obturation en vidéo à 25 images par seconde ?
1/50 s. La règle des 180 degrés demande une vitesse égale au double de la cadence : 24 im/s donnent 1/48 s, arrondi à 1/50 s sur la plupart des boîtiers, 30 im/s donnent 1/60 s et 60 im/s donnent 1/120 s. C'est ce rapport qui produit le flou de mouvement auquel l'œil est habitué.
Quel filtre ND choisir en plein soleil ?
Cinq à six diaphragmes, soit un ND32 ou un ND64. À 100 ISO et 1/50 s, le plein soleil impose environ f/22 ; retirer cinq diaphragmes vous ramène à f/4 et six vous ramènent à f/2,8. Par ciel voilé, deux crans de moins suffisent, donc ND8 ou ND16.
Pourquoi une croix sombre apparaît sur mes images avec un ND variable ?
Parce que le filtre est poussé au-delà de sa plage utile. Un ND variable superpose deux polariseurs ; passé un certain angle, leur interaction dessine deux bandes sombres en X, très visibles au grand-angle. Restez dans les crans mécaniques du filtre ou choisissez un modèle à butée.
Un filtre ND remplace-t-il un polarisant ?
Non, les deux font des choses différentes. Le ND réduit la lumière sans rien changer d'autre. Le polarisant supprime les reflets sur l'eau, le verre et les feuillages, et sature le ciel. Beaucoup de kits proposent des filtres ND/PL qui combinent les deux fonctions, ce qui évite d'empiler deux verres.
Faut-il un ND sur une caméra d'action ?
Oui, et c'est même là qu'il change le plus de choses. Ces caméras ont un diaphragme fixe : en pleine lumière, la seule variable disponible est la vitesse d'obturation, qui grimpe très au-dessus de la règle des 180 degrés. Le résultat est une image nette mais hachée. Un ND8 ou un ND16 rétablit un mouvement fluide.
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Yumi le Tamiseur
PDG autoproclamé de Yumi & Cie (personne n'a osé contester)
